« C’est normal d’être fatigué quand on devient parent. » Vraiment ?
« C’est normal d’être fatigué quand on devient parent. »
Cette phrase, presque tous les jeunes parents l’entendent à un moment ou à un autre.
Et elle est vraie.
Les nuits changent, le bébé se réveille, les heures de sommeil diminuent et il faut forcément un temps d’adaptation.
Mais cette phrase peut aussi conduire à banaliser une fatigue qui, elle, mérite d’être prise au sérieux.
Car après l’arrivée d’un bébé, le problème n’est pas toujours uniquement le nombre d’heures dormies.
Il y a aussi la façon dont on dort.
Un nouveau-né se réveille, mange, a besoin d’être changé, rassuré ou accompagné pour se rendormir. Le parent se réveille avec lui, s’occupe de lui, retourne se coucher, cherche parfois lui-même le sommeil… puis recommence une ou deux heures plus tard.
Sur le papier, plusieurs heures de sommeil peuvent donc s’additionner.
Dans la réalité, elles ont été entrecoupées de nombreux réveils.
C’est ce que l’on appelle le sommeil fragmenté.
Et lorsque cette situation se répète nuit après nuit, la fatigue peut devenir considérable.
Alors, à partir de quand cette fatigue « normale » des jeunes parents ne l’est-elle plus vraiment ? Et surtout, que se passe-t-il lorsque les nuits trop courtes et les réveils s’accumulent ?
Pourquoi les réveils nocturnes fatiguent-ils autant les jeunes parents ?
Notre sommeil est organisé en cycles et comporte différentes phases qui participent à la récupération physique et cognitive.
Lorsque les réveils se multiplient, cette continuité est perturbée.
Les recherches menées auprès de femmes pendant les premiers mois suivant l’accouchement montrent d’ailleurs quelque chose d’intéressant :
le temps total de sommeil ne raconte pas toute l’histoire.
Une étude ayant suivi objectivement le sommeil de jeunes mères pendant les quatre premiers mois du post-partum montre que leur sommeil est particulièrement fragmenté. Les auteurs soulignent qu’une durée minimale de sommeil ininterrompu pourrait être nécessaire pour profiter pleinement de ses bénéfices neurocognitifs [1].
Autrement dit :
avoir cumulé plusieurs heures de sommeil ne signifie pas forcément avoir bénéficié d’une nuit réellement réparatrice.
C’est notamment pour cette raison qu’un parent peut se dire :
« Pourtant, j’ai dormi cette nuit… alors pourquoi suis-je aussi épuisé(e) ? »
Sommeil fragmenté et fatigue parentale : quelles conséquences ?
Lorsque le sommeil insuffisant ou perturbé se répète, ses effets peuvent se faire sentir dans la journée.
On peut notamment observer :
une somnolence importante ;
une diminution de la concentration ;
des temps de réaction plus longs ;
davantage d’oublis ;
une irritabilité inhabituelle ;
des difficultés à prendre certaines décisions ;
une impression de fonctionner en « pilote automatique » ;
une moindre disponibilité émotionnelle.
Une étude menée auprès de parents pour la première fois a comparé leur sommeil et leurs performances à ceux d’adultes sans enfant. Les chercheurs ont observé chez les jeunes parents davantage de perturbations du sommeil, de somnolence et d'altérations liées à cette somnolence [2].
Et cela concerne les deux parents.
Dans cette étude, le sommeil des mères était davantage perturbé par les réveils. Les pères présentaient quant à eux une somnolence objectivement mesurée plus importante. Les mères comme les pères présentaient davantage d'altérations neurocomportementales que les personnes du groupe témoin [2].
Et quand les mauvaises nuits s’accumulent ?
C’est probablement là que le sujet devient particulièrement intéressant pour les jeunes parents.
Parce qu’avec un nouveau-né, il ne s’agit généralement pas d’une seule mauvaise nuit.
Les nuits courtes et fragmentées peuvent se succéder pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines.
Et le manque de sommeil peut s’accumuler.
Le problème est donc différent de celui d’une personne ayant simplement passé une mauvaise nuit avant de retrouver son rythme habituel dès le lendemain.
Avec un bébé, le parent peut enchaîner :
des nuits raccourcies ;
plusieurs réveils nocturnes ;
des difficultés à se rendormir ;
une récupération physique après l’accouchement ;
une vigilance quasi permanente envers son bébé ;
une charge mentale importante ;
et parfois la reprise du travail.
Le corps récupère… comme il peut.
« Mais je tiens… »
C’est justement l’un des pièges.
Lorsque les nuits difficiles s’enchaînent, on finit parfois par considérer cet état comme normal.
On continue.
On s’occupe du bébé.
On gère les rendez-vous, les courses, les repas, la maison, les éventuels aînés et parfois le travail.
Et puisque tout continue à fonctionner à peu près, on se dit que l’on tient.
Mais tenir n’est pas forcément récupérer.
La fatigue peut progressivement devenir le nouvel état de référence.
Quand la fatigue parentale doit-elle alerter ?
Il n’existe pas un nombre précis de réveils ou d’heures de sommeil à partir duquel tous les parents basculeraient soudainement dans l’épuisement.
Nous ne sommes malheureusement pas équipés d’une petite jauge indiquant « batterie parentale : 4 % ».
Certains signes doivent néanmoins inciter à ne plus banaliser la fatigue :
vous vous endormez involontairement dans la journée ;
vous devez lutter pour rester éveillé(e), notamment au volant ;
vous avez des oublis inhabituels ;
vous avez du mal à vous concentrer ou à suivre une conversation ;
vous vous sentez constamment irritable ou dépassé(e) ;
certaines décisions très simples deviennent difficiles ;
vous avez l’impression de fonctionner mécaniquement ;
vous sentez que votre fatigue ne vous permet plus de vivre votre quotidien dans de bonnes conditions.
Une fatigue importante ou persistante mérite d’être évoquée avec un professionnel de santé, particulièrement lorsqu’elle s’accompagne d’une tristesse persistante, d’une anxiété importante, d’idées noires ou d’un sentiment de détresse.
Comment récupérer lorsque bébé se réveille plusieurs fois par nuit ?
Il n’existe malheureusement pas de méthode magique permettant de convaincre un nouveau-né de respecter les besoins de sommeil de ses parents.
En revanche, il est possible d’agir sur l’organisation du repos parental.
Lorsque cela est possible, le relais entre les parents, l’aide de l’entourage ou une aide professionnelle peuvent permettre d’obtenir des périodes de sommeil plus longues et plus continues.
Et ce temps de récupération n’est pas un luxe.
Il n’est pas non plus nécessaire d’attendre d’être complètement épuisé pour demander du relais.
Garde de nuit bébé à Nantes : permettre aux parents de réellement se reposer
Pendant la nuit, je prends le relais auprès de votre bébé selon ses besoins et les consignes définies ensemble : réveils nocturnes, biberons, accompagnement de l’allaitement lorsque cela est nécessaire, changes, soins d’hygiène, apaisement et surveillance de son confort et de son sommeil.
De votre côté, l’objectif est de vous permettre de vous reposer et, progressivement, de lâcher prise.
Je sais que confier son bébé, particulièrement les premières fois, n’est pas toujours évident. Lors d’une première garde, certaines mamans dorment profondément très rapidement, tandis que d’autres tendent encore l’oreille, se réveillent ou ont simplement besoin d’un peu de temps avant de parvenir à se détendre complètement.
Et c’est parfaitement compréhensible.
La confiance se construit. Mon rôle est aussi de vous permettre de trouver progressivement cette tranquillité : savoir que votre bébé est accompagné par une professionnelle expérimentée, à votre domicile, et que je suis présente pour répondre à ses besoins pendant que vous essayez de récupérer.
Au fil des gardes, lorsque la confiance s’installe, il devient souvent plus facile de passer réellement le relais et de profiter pleinement de ce temps de repos.
L’objectif n’est donc pas de vous promettre une nuit parfaite dès ma première intervention, mais de vous offrir un espace dans lequel vous n’avez plus à tout gérer seul(e) et où le repos peut progressivement reprendre sa place.
Parce qu’il n’est pas nécessaire d’attendre d’être au bord de l’épuisement pour accepter de passer le relais.
Prendre soin de son sommeil, c’est aussi prendre soin de soi
et de la disponibilité que l’on pourra ensuite retrouver auprès de son bébé.
Questions fréquentes sur le sommeil et la fatigue des jeunes parents
Pourquoi suis-je épuisé(e) alors que j’ai dormi plusieurs heures ?
Le temps total de sommeil ne suffit pas à expliquer la récupération. Lorsque votre nuit est interrompue à plusieurs reprises, votre sommeil devient fragmenté. Les recherches réalisées pendant le post-partum montrent que cette fragmentation peut être importante même lorsque la durée totale de sommeil semble relativement correcte.
Le sommeil fragmenté est-il aussi réparateur qu’un sommeil continu ?
La continuité du sommeil participe à sa qualité. Des réveils fréquents peuvent perturber son organisation et contribuer à la somnolence et à la fatigue ressenties pendant la journée.
Peut-on accumuler une dette de sommeil ?
Oui. Lorsque les nuits insuffisantes se répètent, leurs effets peuvent s’accumuler. Une récupération suffisante devient alors particulièrement importante.
Le manque de sommeil a-t-il vraiment des effets comparables à l’alcool ?
Dans certaines conditions expérimentales, oui. Après environ 17 heures d’éveil continu, certaines performances ont été comparables à celles observées avec une alcoolémie de 0,5 g/L [3,4].
Cela ne signifie toutefois pas qu’un sommeil interrompu par un bébé équivaut automatiquement à une alcoolisation.
Quand faut-il demander de l’aide à cause de la fatigue ?
Il est préférable de chercher du relais avant d’atteindre l’épuisement.
Une somnolence incontrôlable, des difficultés importantes de concentration, des oublis inhabituels ou l’impression de ne plus parvenir à gérer correctement le quotidien sont des signaux à ne pas banaliser.
Sources scientifiques et
ressources pour aller plus loin
[1] Montgomery-Downs HE, Insana SP, Clegg-Kraynok MM, Mancini LM.Normative longitudinal maternal sleep: the first 4 postpartum months.American Journal of Obstetrics and Gynecology, 2010.
Étude longitudinale consacrée au sommeil des mères durant les quatre premiers mois après l’accouchement. Elle décrit notamment l’importance de la fragmentation du sommeil pendant cette période.
Lien : National Library of Medicine, article complet en accès libre.
[2] Insana SP, Montgomery-Downs HE.Sleep and Sleepiness among First-Time Postpartum Parents: A Field- and Laboratory-Based Multimethod Assessment.Developmental Psychobiology, 2013.
Étude particulièrement intéressante puisqu’elle porte sur les mères et les pères. Les jeunes parents présentaient davantage de perturbations du sommeil, de somnolence et d’altérations associées que les adultes sans enfant.
Lien : National Library of Medicine, article complet en accès libre.
[3] Williamson AM, Feyer AM.Moderate sleep deprivation produces impairments in cognitive and motor performance equivalent to legally prescribed levels of alcohol intoxication.Occupational and Environmental Medicine, 2000.
Étude expérimentale comparant directement les performances après privation de sommeil et après consommation d’alcool. Elle constitue l’une des références à l’origine de la comparaison entre 17 heures d’éveil et une alcoolémie de 0,5 g/L.
Lien : Occupational and Environmental Medicine, BMJ.
[4] National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH), Centers for Disease Control and Prevention (CDC).Impairments due to sleep deprivation are similar to impairments due to alcohol intoxication.
Le NIOSH synthétise plusieurs travaux scientifiques sur les conséquences de la privation de sommeil. Il indique notamment que 17 heures consécutives d’éveil peuvent entraîner une altération des performances comparable à celle observée avec une alcoolémie de 0,05 %.
Lien : CDC / National Institute for Occupational Safety and Health.
Cet article fournit des informations générales sur le sommeil et la fatigue parentale. Il ne remplace pas un avis médical. Une fatigue intense ou persistante, ou toute inquiétude concernant votre santé physique ou psychologique, doit être abordée avec un professionnel de santé.
